Les purificateurs d’air sont ils une solution efficace pour limiter les contaminations du coronavirus ?

Les purificateurs d’air sont ils une solution efficace pour limiter les contaminations du coronavirus ?

Certains plaident pour équiper les écoles ou certains lieux clos de tels appareils, comme dans certaines régions allemandes. Mais quand bien même ils seraient efficaces, ces dispositifs ne pourraient venir qu’en complément des gestes barrière.

Confinés, de gré ou de force, comment mieux se protéger face au Covid-19 en lieu clos?

Face au « risque » d’une troisième vague, la solution pourrait passer par les purificateurs d’air, à en croire certains. Pas une semaine ne passe sans qu’une entreprise ne vante un appareil capable limiter la propagation du coronavirus SARS-CoV-2. En Allemagne, de tels épurateurs ont été installés à la rentrée scolaire dans les écoles de certains Länder. Un exemple dont souhaite s’inspirer le président de la région Auvergne Rhône Alpes, Laurent Wauquiez, qui a annoncé fin octobre le déblocage de 10 millions d’euros pour équiper les établissements scolaires de la région, en particulier les lycées qui sont sous sa responsabilité.

Comme l’Allemagne, la France doit se saisir du sujet de la purification de l’air pour lutter contre le virus.
En @auvergnerhalpes, nous déployons des purificateurs dans nos lycées et, avec les maires, nous le ferons dans nos écoles. La santé de nos enfants n’a pas de prix.

— Laurent Wauquiez (@laurentwauquiez) November 10, 2020

Le principe est en apparence plutôt simple. Un purificateur aspire l’air dans une pièce, le traite, puis le rejette. Comme les scientifiques s’accordent désormais à juger possible que le coronavirus SARS-CoV-2 se transmette par aérosol, et pas seulement via des grosses gouttelettes, un tel appareil permettrait de détruire le virus en suspension en « nettoyant » l’air d’une pièce en continu. Dans sa note du 26 octobre, le Conseil scientifique a d’ailleurs recommandé d’entamer « une réflexion sur des mesures alternatives type purificateurs d’air comme le préconisent les Allemands ». Si le ton est prudent, c’est parce que l’efficacité de ce genre d’appareils est encore à prendre avec prudence.

La mise en garde de l’INRS

En fait, il existe plusieurs types d’épurateurs d’air. Ceux fonctionnant avec un mécanisme physico-chimique (plasma, ozonation, charbons, etc.) sont « fortement déconseillés » par l’Institut national de recherche et de sécurité (INRS). « Non seulement leur efficacité vis-à-vis des virus n’est pas prouvée mais suite à une dégradation de polluants parfois incomplète, ils peuvent impacter négativement la qualité de l’air intérieur par la formation de composés potentiellement dangereux pour la santé », a mis en garde l’organisme le 19 novembre dernier.

« Vu le principe de fonctionnement de ces appareils, le virus ne ferait que passer à travers et il risquerait de sortir sans que le traitement l’ait détruit. C’est donc très difficile d’évaluer leur efficacité », précise auprès du Parisien Bruno Courtois, expert d’assistance conseil sur les risques chimiques à l’INRS.

Dès septembre 2017, l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) avait aussi mis en garde concernant l’utilisation de ces dispositifs, qui « peuvent dégrader la qualité de l’air intérieur en générant de nouveaux polluants ». Il semble d’ailleurs que ce soit cette étude à laquelle a fait allusion Jean-Michel Blanquer, le 2 novembre sur France Inter. « On a fait une étude scientifique sur ces purificateurs et ce n’est absolument pas probant, d’après tout ce que nous avons vu », avait asséné le ministre de l’Education nationale.

Filtre à haute performance

En revanche, les appareils équipés de filtres à haute performance HEPA se révèlent plus efficaces puisqu’ils sont en capacité de stopper des particules dans l’air d’un diamètre inférieur à celui du coronavirus SARS-CoV-2. « Ils arrêteront 99,99 % des aérosols, donc également ceux qui seraient porteurs du virus. Les aérosols restent piégés dans le filtre et le virus n’y survivrait pas très longtemps », précise Bruno Courtois. Gare néanmoins à assurer un « entretien régulier » de l’appareil et à prendre des précautions lorsqu’on nettoie le filtre, indique l’INRS. Ces appareils « pourraient s’avérer très utiles, s’ils sont bien maintenus », insiste l’épidémiologiste Antoine Flahault.

Il faut aussi s’assurer de disposer d’un ou de plusieurs épurateurs capables de « nettoyer » l’air toute la pièce. Un petit local n’a rien à voir avec une salle de lycée pour 30 élèves, par exemple. « On peut imaginer mettre un épurateur d’air dans la salle d’attente d’un cabinet médical qui ne dispose pas d’un bon système de ventilation ni d’une fenêtre que l’on puisse ouvrir. Mais pour que l’appareil soit efficace, il faut qu’il puisse filtrer un volume suffisamment important au sein de la pièce », ajoute Bruno Courtois.

« Effet contre-productif »

On pourrait même imaginer, quitte à risquer de tomber dans le gadget, un système lumineux permettant d’indiquer la qualité de l’air en temps réel. Cela permettrait de savoir « si le lieu est bien ventilé ou si au contraire l’air est vecteur de virus et bactéries et réagir », nous expliquait début novembre le dirigeant de la société Quos. L’épidémiologiste Antoine Flahault suggère même qu’avec des voyants au vert, et en s’assurant des gestes barrière, on saurait que le risque de transmission du virus deviendrait très limité.

Si l’on veut promouvoir une démarche participative de lutte contre la pandémie #COVID19, ne faudrait-il pas recommander à chaque adulte de s’équiper de capteur de CO2 (normes qualité) afin qu’il puisse lui-même évaluer la qualité de l’air intérieur dans lequel il pénètre ?

— Antoine FLAHAULT (@FLAHAULT) November 21, 2020

Reste que l’efficacité d’un purificateur d’air face au Covid-19 n’a pas encore été formellement démontrée scientifiquement, même si plusieurs études ont déjà été prépubliées. Surtout, un tel dispositif ne pourrait venir qu’en complément des gestes barrière (distanciation, lavage des mains, aération, etc.) et du port du masque, s’accordent les scientifiques. D’autant qu’un tel appareil « ne va pas limiter la transmission par gouttelettes, plus grosses mais surtout qui ont une durée de vie très courte », pointe le virologue Yves Gaudin.

Cet expert de l’Institut de biologie intégrative de la cellule de l’université Paris-Saclay craint aussi « un effet contre-productif » au cas où l’on se sentirait protégé en présence d’un épurateur d’air. « Les seules véritables mesures dont on connaît l’efficacité, ce sont les gestes barrière, le port du masque et l’aération des locaux », tranche-t-il. Bruno Courtois le rappelle comme une évidence : « Il vaut mieux porter un masque afin de limiter la dispersion des aérosols plutôt que chercher à épurer l’air. »

Ouvrir les fenêtres contre le Covid ? Le geste barrière qui peut tout changer

De nombreux scientifiques s’accordent à dire que le virus se transmet avant tout par aérosol. Ce qui nous oblige à revoir nos habitudes.

Les purificateurs d’air sont ils une solution efficace pour limiter les contaminations du coronavirus ?Se laver les mains, éternuer dans son coude, ne pas s’embrasser ni se serrer la main… Après des mois de pandémie, les Français connaissent par coeur les fameux « gestes barrières » qui, avec le port du masque et le respect de la distanciation sociale, sont présentés comme les principales armes contre le Covid, dans l’attente d’un vaccin. Pourtant, ce message de prévention, martelé par les autorités sanitaires, n’a pas permis à ce stade d’enrayer le rebond épidémique. De là à nous considérer comme indisciplinés, il y a un pas qu’il ne faudrait peut-être pas franchir trop vite : et si nous n’avions tout simplement pas suffisamment intégré une voie de contamination dont la science reconnait progressivement l’importance, celle par aérosol? Aujourd’hui, les scientifiques invitent en effet le plus grand nombre à aérer autant que possible les lieux publics et privés.

Les aérosols pris de plus en plus au sérieux

Il en a fallu, du temps, pour comprendre que le virus ne se transmettait pas seulement par les gouttelettes projetées par l’homme. Mais le regard sur le virus semble changer petit à petit. Au début de l’été, quelque 239 scientifiques du monde entier avaient réclamé à l’Organisation mondiale de la santé de reconnaître la possibilité de propagation aérienne du covid-19. En réponse, l’OMS avait évoqué des « preuves émergentes » dans ce domaine.

De l’autre côté de l’Atlantique, une avancée a été obtenue lundi. Les Centres américains de prévention et de lutte contre les maladies ont officiellement ajouté les aérosols à la liste des modes de propagation possibles du coronavirus. Tout en précisant que la transmission par gouttelettes demeure la principale voie de contamination.

Antoine Flahault, épidémiologiste et directeur de l’Institut de santé globale à la faculté de médecine de l’Université de Genève, pense le contraire. « Les gouttelettes font plus de 100 microns et sont trop lourdes pour rester dans l’air. Ballistiquement, on sait qu’elles retombent à 1,5 m de la source. Elles ne suffisent pas selon moi à expliquer la majorité des contaminations. »

Faisceau d’indices

Lui se dit convaincu que les aérosols sont la première voie de contamination. « On sait que les clusters se forment en milieu fermé, commence-t-il. Les super-contaminateurs identifiés lors de mariages, dans les abattoirs, les bars, restaurants ou encore les chorales sont des cas typiques de la transmission par aérosol, avec un R0 (le nombre de personnes contaminées par un seul malade) pouvant approcher les 25. »

Et encore, il ne s’agirait selon lui que d’une fourchette basse. « Une autre hypothèse voudrait que les transmissions manuportées représentent environ 15 % des contaminations et que la contamination directe soit en réalité négligeable, entre 0 et 1 % dès lors qu’il arrive rarement que l’on tousse ou éternue au visage de quelqu’un. Dans ce cas, on peut imaginer que près de 85 % des contaminations se font par aérosol. »

Geste barrière en Allemagne, pas en France

Les purificateurs d’air sont ils une solution efficace pour limiter les contaminations du coronavirus ?Autant de facteurs qui invitent chacun d’entre nous à revoir nos habitudes. À ouvrir les fenêtres aussi régulièrement que possible. L’Allemagne fait partie des pays qui prennent le sujet le plus au sérieux. Là-bas, l’ouverture des fenêtres fait désormais partie des gestes barrière « officiels ». En début de semaine dernière, la chancelière Angela Merkel s’est chargée elle-même d’appeler à l’aération des espaces clos. Il s’agit, pour elle, d’une des « solutions les moins chères et les plus efficaces » contre le covid-19.

La France n’a pour le moment pas pris la même trajectoire. Si des avis du Haut Conseil de la Santé publique indiquent la nécessité d’aérer, l’ouverture des fenêtres n’a jamais fait partie des recommandations officielles. « S’il ne s’agit pas à proprement parler d’une mesure barrière, la bonne aération des locaux constitue bien une mesure majeure en regard du risque d’aérosolisation permettant de minimiser la diffusion virale en espace clos, et qui doit être préconisée, nous indique la Direction générale de la Santé. Dans cette période de refroidissement des températures, il est important de maintenir cette aération plusieurs fois par jours. »

Antoine Flahault estime indispensable de faire passer le message. « C’est une urgence de le marteler », lance-t-il. Une préconisation qui vaut d’autant plus que l’hiver arrive et que les Français vont passer davantage de temps en milieu fermé. Bien ventiler un intérieur, pour autant, n’est pas forcément chose aisée. « Il s’agit d’une science, glisse l’épidémiologiste. L’exemple parfait d’un intérieur bien aéré, c’est la rame de TGV ou l’avion, où le renouvellement total s’opère six fois par heure. C’est évidemment impossible d’arriver à ce stade au quotidien, mais nous devons raisonner en termes de réduction des risques. » Et devancer, sans doute, les recommandations officielles des autorités sanitaires. Ouvrez les fenêtres !

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